Le Katana japonais

L’un des objets culturels les plus connus au japon, et vous le savez sûrement, c’est le Katana. Cependant, beaucoup de personnes ignorent certaines particularités sur cette arme dotée d’un seul tranchant et comment elle a évoluée au Japon et dans le monde entier. Entre épopées guerrières, guerres de civilisations jusqu’au films d’Hollywood, ce sabre japonais s’immortalise et devient à travers les siècles le compagnon intime des Samouraïs, un objet de culte, mais aussi une arme de collection.

Tout d’abord, il est important de savoir que cette arme à eue beaucoup de noms différents, et cela a commencé avec le nom de « Jōkotō », première arme forgée en 300 avant J.C. En tant qu’armes tranchante et devant résister à de nombreux chocs lors des combats, ce sabre n’avait pas seulement vocation à décimer l’ennemi, mais avait une connotation sacrée même encore aujourd’hui, en tant qu’objet d’adoration. C’est pourquoi de nombreuses armes ont été découvertes dans des sépultures très anciennes, sur des autels et dans des temples dans toutes les régions du Japon.

Le « Jōkotō » et les autres évolutions de l’arme jusqu’au Katana, étaient possédées au départ exclusivement par la famille impériale et certains généraux, utilisant l’arme en tant que sceptre de pouvoir et en tant qu’objet de commandement. Lorsque la technique de forge d’armes blanches commença à se développer dans tout l’empire, l’arme était désormais accessible à n’importe qui et le pouvoir des gouvernements successifs diminua petit à petit jusqu’à que des clans se forment et scindèrent ainsi le Japon.

Arrivent après « Les Kotō » qui sont l’évolution directe du « Jōkotō ». Ils commencent à apparaître à partir du milieu de l’ère dite « Heian » jusqu’à l’ère « Muromashi », entre le 8e et 16e siècle. La principale différence avec son prédécesseur est la courbure de la lame augmentant ainsi la maitrise et le tranchant du sabre lors d’un affrontement.

Petite anecdote : Lorsqu’une arme est forgée, la lame à tendance à se courber, sur le coup d’une erreur de manipulation, les forgerons décidèrent de garder la courbe et de tester l’arme. Cela fut un succès, et cette méthode de production fut la première évolution gardée jusqu’au Katana moderne.

La production de ce modèle était un défi de taille, car plus la courbure était accentuée et plus les risques de casse étaient grands face à une armure solide. Plusieurs dérivés de ce modèle furent produis dont le « Tosu », le « Tsurugi » et le « Warabite no tashi ». L’ancêtre direct du Katana reste le « Tashi », c’est sur ce dernier ainsi que ses successeurs que nous porterons notre attention.

De par leur démocratisation au sein de tous les combattants à cette époque,  plusieurs écoles de forge furent crées dont trois de renommée :

  • Senjuin (Technique de forge : Yamato Den)
  • Awataguchi (Technique de forge : Yamashiro)
  • Ichimonji (Technique de forge : Bizen)

La dernière école citée restera la plus populaire jusqu’à aujourd’hui, avec une excellente maitrise de la technique de forge.

Favorisant un libre accès aux armes blanches à travers tout l’empire grâce à une multitude de forgerons ayant chacun un niveaux d’expertise différent, le sabre japonais connaît une période d’évolution sur le plan de la technique de production, ainsi que sur le plan des caractéristiques de maniement de l’arme, favorisant ainsi un design utilitaire, mettant de côté l’esthétique. A cause de l’apparition de nouvelles guerres et de conflits, le côté esthétique de l’arme était délaissé très fréquemment permettant ainsi une production plus simple et plus rapide. Entre 1185 et 1533 lors de la période Kamakura qui fait suite à l’ère Heian, plusieurs invasions mongoles motivèrent le pouvoir militaire à mieux s’équiper et en grande quantité pour répondre de façon agressive aux invasions. Les armes devinrent utilitaires, et la symbolique d’ordre religieux et spirituel, artistique et philosophique a été mis au second plan pendant un certain temps.

Entre 1392 et 1573, les sabres « Tashi » commencèrent progressivement à disparaître laissant place au « Shintō », fabriqué en majeure partie avec de l’acier importé et de qualité moindre. Après 800 ans de savoir-faire, une transition s’imposa, avec l’apparition de nombreux forgerons dont le savoir-faire n’égale pas ceux des maîtres réputés qui disparurent progressivement, introduisant ainsi une arme produite à partir de matériaux de mauvaise qualité et utilisée par défaut pendant la guerre civile d’Ōnin entre 1467 et 1477. Cette arme surnommée « Uchigatana » resta un bon moment en tant qu’arme de base, mais de par sa mauvaise qualité, elle fut remplacée par un autre modèle dans la branche du « Shintō » entre 1573 et 1603 au début de l’ère Azuchi Momoyama.

En ce qui concerne la génération suivante, les forgerons tentent de revenir aux sources avec l’utilisation d’un mélange de savoir-faire de différentes écoles dans la fabrication des « Kotō » ainsi que le retour a l’artisanat dans une société reconstruite après la guerre civile. Cela permit de perfectionner de nouveaux modèles toujours fabriqués avec des matières premières de pauvre qualité provenant du Portugal, de Hollande et de l’ouest du Japon mais permettant de meilleures performances pendant les combats.

Petite anecdote : C’est à au moment de l’apparition du « Shintō » que le perfectionnement de l’art au combat commença avec le développement de la technique appelée « Kendo », un combat très technique au sabre où le combattant porte en plus de son Katana, une lame courte nommée « Wakizashi » pour se battre avec deux armes en même temps.

Les sabres « Shintō » connaitront deux dérivés pendant les ères Momoyama et Edo entre 1603 et 1868, et ayant pour nom Osaka Shintō et Edo Shintō. À ce moment-là , l’art revient au-devant de la scène, et les forgerons de l’ouest du Japon commencèrent à décorer les sabres permettant ainsi de les utiliser comme décoration d’intérieur en plus de leur fonction principale. À l’est du Japon, les armes continuent à être produites d’une manière simple, pour mettre en valeur l’aspect utilitaire, ignorant le côté artistique comme pour les précédentes générations évoquées tout à l’heure.

Après la fin de l’ère Edo, apparaissent les sabres « Shin-Shintō » mélangeant les différents savoir-faire technologiques de plusieurs écoles, permettant ainsi une suppression des points faibles de chaque génération de sabre. À cette époque, vers les 1900, seuls les Samouraïs avaient l’autorisation de porter le sabre, pour les autres, l’arme ne pouvait servir que de décoration d’intérieur.

Lors de la période « Showa » au moment de la seconde guerre mondiale, cette restriction fut retirée, permettant l’apparition des Katanas appelés « Showatō ». L’armée japonaise devait être équipée au plus vite de plusieurs centaines de milliers de sabre rapidement pour la guerre. Plus de 2 millions de sabres ont été créés de façon peu coûteuse, la qualité et l’aspect esthétique mis de côté encore une fois.

La dernière génération de sabre se nomme « Gendaitō » qui est le sabre moderne actuel que tout le monde connaît sous le nom de Katana. Ce sabre connaît une grande popularité après la deuxième guerre mondiale et une forte demande apparut notamment depuis l’étranger. Pour conserver une certaine exclusivité sur une arme produite à partir de matériaux de bonne qualité, en 1948, un organisme de protection des Katanas traditionnels a réhabilité un grand fourneau dont le nom est Tatara, situé à Shimane et qui a permis de produire l’arme. Cependant, cette organisation du nom de Nihon Bijutsu Token Hozon Kyokai imposa une limite de production du sabre de deux exemplaires par mois maximum. L’emploi de l’acier dit Tamahagane pour la fabrication garantit une qualité supérieure. Ce composant était l’un des seuls à être utilisé par les forgerons au rang de Grand Maître.

La production massive de sabre est encore aujourd’hui autorisée au japon, mais imposant des contraintes comme par exemple une méthode de production simplifiée voir industrielle, avec une qualité inférieure.

En ce qui concerne les critères de production d’un Katana, le processus se déroule à partir de techniques artisanales différentes, intégrant non seulement une pratique et une gestuelle complexe, mais devant être également en cohérence avec un certain état d’esprit philosophique et une mise en condition sur le plan spirituel. Forger un sabre peut prendre jusqu’à un mois avec une semaine de polissage si le forgeron suit scrupuleusement les rites traditionnels et les méthodes ancestrales ne prenant en compte aucune technologie moderne de notre époque, ou presque. Pour une production de qualité, il est nécessaire que la lame soit bien préparée en ayant une très bonne résistance, ce processus est complexe, car il comprend deux critères, un tranchant résistant lors de la coupe ainsi qu’une lame souple pour éviter une dégradation des matériaux. Bien évidemment, la qualité de l’acier est un élément déterminant par rapport à l’utilisation que l’on souhaite faire du sabre. Comme nous l’avons déjà mentionné précédemment, la lame doit être forgée à partir d’acier tamahagane, d’acier plié ou encore d’acier carbone au minimum. Le premier étant le meilleur pour une qualité optimale.

Voilà en ce qui concerne l’une des armes de renommée la plus connue au monde. Si vous souhaitez savoir plus de choses sur le Japon, nous vous invitons à vous rendre ici, sur le site Furansujapon. Entre histoire, culture, tendances et mangas japonais, vous ne serez pas déçus.

Guilhem de Rooyesteyn